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Présence d’André Baillon

André Baillon:
aperçu biographique

 

(d’après la traduction française de la biographie de Frans Denissen, André Baillon.
Le gigolo d’Irma Idéal,
Bruxelles, Labor, «Archives du futur», 2001, p. 11-13)

 

Les ouvrages de référence, plus ou moins soucieux d’exactitude, résument d’ordinaire la vie d’André Baillon comme suit.

 

Il naît à Anvers en 1875. Son enfance est marquée par la mort: son père meurt un mois jour pour jour après sa naissance, son frère cadet, Antoine, disparaît en 1880 et sa mère, qui s’est remariée entre-temps, décède en 1881. Au terme d’un procès, sa famille le soustrait à la tutelle de son beau-père, puis on l’emmène presque de force à Termonde. Sa tante Louise, une célibataire qu’il baptise Mademoiselle Autorité dans son œuvre, le prend sous son aile. Elle s’empresse de le mettre en pension chez les sœurs de Saint-Vincent de Paul à Ixelles, puis dans les collèges de jésuites de Turnhout et d’Alost (sa conduite lui vaut chaque fois d’être renvoyé, en dépit de résultats brillants), et enfin dans un collège de joséphites, à Louvain, où il termine ses études secondaires.

 

Sa famille le pousse à s’inscrire à l’École des Mines mais il noue une liaison avec une prostituée, Rosine Chéret, puis se fait exclure de l’université. Dès sa majorité, il réclame son (gros) héritage et part à Ostende en compagnie de Rosine qui le quitte après avoir dilapidé sa fortune – un capital qui aurait suffi à lui assurer une modeste vie de rentier. Baillon se jette à la mer mais on le sauve. Peu après, il ouvre un café à Liège avec la même Rosine: l’affaire échoue.

 

Recueilli un moment par son frère, il s’installe dans un deux-pièces au-dessus d’un café,
à Forest, trouve un emploi chez un marchand de charbon, entame un roman autobiographique, La dupe (qui ne sera jamais achevé) et publie, à partir de 1899, ses premiers articles et récits dans Le Thyrse, une revue récemment fondée.

 

En 1901, il rencontre Marie Vandenberghe, une ancienne prostituée flamande qu’il épouse un an plus tard. En 1903, après une succession de crises de neurasthénie, il loue avec elle une petite maison à Westmalle et se lance dans l’élevage de poules. Il écrit simultanément un roman biblique intitulé Judith. Ces deux activités se soldent par un échec: fin 1905, ils reviennent à Bruxelles où le quotidien La Demière Heure l’engage comme rédacteur de nuit.

 

En 1907, nouvelle tentative d’élevage de poules à Westmalle, nouvelle déconvenue. Retour à Bruxelles et à La Dernière Heure en 1910. Les efforts de Baillon pour devenir écrivain semblent voués à l’échec: à partir de 1903, il ne publie rien pendant dix ans.

 

En 1912, le journaliste sans grade s’éprend d’une pianiste célèbre, Germaine Lievens: pendant plus d’un an, il lui écrit quantité de lettres enflammées mais sans succès. En mai 1913, elle finit par se laisser fléchir. Peu après, il quitte Marie pour s’installer chez Germaine. À la même époque, il reprend son activité littéraire.

 

Quand éclate la Première Guerre mondiale, le gouvernement belge en exil lui octroie une prime mensuelle en tant que journaliste pour lui éviter de collaborer à son quotidien, contrôlé par les Allemands. Il emmène Germaine à Boendael et au cours de quatre années prodigieuses, il écrit presque d’une traite Histoire d’un Marie, En sabots, Délires, Par fil spécial et Zonzon Pépette. En travaillant à ce dernier ouvrage, il s’identifie si bien à son héros (un criminel) que Germaine, victime à son tour d’une grave dépression, le quitte fin 1918.

 

Il retrouve Marie – ce qui ne l’empêche pas de rester en très bons termes avec Germaine – et recommence à travailler à La Dernière Heure au lendemain de l’armistice.

 

Au printemps 1920, Germaine Lievens part à Paris avec sa petite fille Ève-Marie (fruit d’une liaison orageuse avec le peintre symboliste Henry de Groux). Quelques mois plus tard, Baillon la rejoint avec Marie et une valise pleine de manuscrits. Il a quarante-cinq ans et son tout premier livre, Moi quelque part, qui vient d’être édité à Bruxelles, a été tiré à 535 exemplaires. S’ensuit une tentative tumultueuse de ménage à trois à Paris, mais en avril 1922, Marie renonce et retourne à Bruxelles.

 

Entre-temps paraît Histoire d’une Marie que plusieurs critiques saluent comme un chef-d’œuvre. Baillon signe avec son éditeur Rieder un contrat qui l’engage à lui remettre un livre tous les ans. Bien qu’il ait quelques œuvres en réserve pour parer au plus pressé, ce contrat finira par lui coûter cher. Et le succès d’estime qu’il rencontre ne lui permet pas de vivre de sa plume: il en est réduit à accomplir d’obscures besognes pour des éditeurs et des journaux.

 

De plus, en 1923, il se lance dans une relation compliquée et ambiguë avec sa belle-fille âgée de seize ans: il sombre moralement et est interné dans le service psychiatrique de
la Salpetrière, à Paris, où il reste trois mois. Ironie du sort, c’est sur son lit d’hôpital qu’il reçoit son premier prix littéraire. Du reste, ce séjour s’avérera particulièrement fécond sur le plan littéraire puisqu’il y trouvera l’inspiration de trois romans, Un homme si simple, Le Perce-oreille du Luxembourg et Chalet I, les deux premiers comptant parmi ses chefs-d’œuvre. À sa sortie d’hôpital, il s’installe dans une maison modeste du village de
Marly-le-Roi, à une vingtaine de kilomètres de Paris, où il écrit et vit en ermite pendant quelques années.

 

En 1930, il noue une liaison dévorante avec un écrivain bruxellois, Marie de Vivier, une admiratrice de son œuvre qui est sa cadette de vingt-quatre ans et cherchait à le rencontrer. Ils échangent des centaines de lettres qu’ils brûlent dans leurs moments de crise et tentent ensuite de reconstituer. Ils essayent de se tuer l’un l’autre, organisent en duo leur suicide mais se ratent, puis tentent en vain de se suicider séparément.

 

Marie de Vivier entre finalement dans un hôpital psychiatrique. Baillon inonde sa propre chambre de fleurs et absorbe une overdose de somnifère Dial. Il ne se réveillera pas:
le 10 avril 1932, il meurt à l’hôpital de Saint-Germain-en-Laye où Germaine l’a fait transporter. Après sa mort, son œuvre tombe rapidement dans l’oubli. Ce n’est qu’à la fin des années septante que plusieurs critiques en viennent à le considérer comme le plus grand écrivain que la Belgique francophone ait connu dans la première moitié du XXe siècle.